Comme prévu, le procès du groupe Breba Finance s’est tenu ce jeudi 3 avril 2025, à Ouagadougou, au sein de la Cour d’appel. Cette audience, très attendue par les parties impliquées, devait permettre de faire la lumière sur l’affaire de trading qui a suscité de nombreuses plaintes de la part des investisseurs lésés. Toutefois, après avoir entendu les différentes parties, la Cour a décidé de renvoyer le dossier à la mise en état afin de réunir l’ensemble des pièces manquantes jugées nécessaires pour statuer avec plus de précisions sur cette affaire. Si le conseil de Breba Finance, Me Alexandre Daboné, a assuré que son client est de bonne foi, étant dans la dynamique de rembourser tous ceux qui présenteraient la preuve de leurs investissements sur la plateforme de placement qu’il gérait, les victimes elles, ont confié n’avoir jamais obtenu de reçu de la part de Breba Finance.

Dès l’ouverture des débats, le conseil des victimes de Breba Finance, Me Kossi Saba présente certaines pièces justificatives prouvant que les personnes dont il était question à travers ces pièces, étaient bel et bien en relation d’affaire avec Breba Finance. Après avoir apporté ses différentes observations à la barre, Me Saba demande à la Cour de rendre justice à des personnes qui se sont fait tromper et dont les conséquences aujourd’hui, sont déplorables.

Les victimes témoignent avoir perdu des millions

Deux des victimes sont aussi passées à la barre pour livrer leurs témoignages à tour de rôle. D’abord MN, puis EO. MN a confié avoir investie 2,5 millions de francs CFA alors qu’il n’a pu seulement retirer que 200 000 francs CFA. « Une connaissance m’a convaincu d’investir chez Breba Finance. Il était question de placer entre 100 000 et 2,5 millions de francs CFA. Croyant que c’est une belle opportunité, puisque l’on devait normalement gagner 10% du capital investi chaque semaine, je me suis alors jeté à l’eau. C’est ainsi que j’ai osé placé 2,5 millions de francs CFA », a-t-il déploré.

« C’est un grand soulagement aujourd’hui pour tout le groupe de pouvoir enfin se prononcer devant la Cour après dix ans de lutte », Michel Nikiéma, représentant des victimes

EO, quant à lui, a investi le double du placement de MN. Il a en effet déclaré avoir misé dans deux comptes distincts, la somme totale de 5 millions de francs. C’est-à-dire que chaque compte contenait 2,5 millions de francs CFA. « Quand nous arrivions dans les locaux de Breba Finance, il y avait une jeune dame qui recensait nos références et le montant d’investissement à partir d’un gros registre, dans lequel nous émargions. Toutes ces données étaient aussi renseignées dans un ordinateur », a-t-il expliqué, soulignant au passage qu’il occupait le poste de directeur financier d’une société.

Un manque de transparence qui suscite des interrogations

MN ajoute que Breba Finance lui avait demandé d’ouvrir un autre compte à la Caisse populaire de la Cité an 3, alors qu’il en possédait déjà un à la Banque UBA, lui faisant croire que cela allait déboucher sur des perspectives heureuses. Cependant, rien ne s’est profilé à l’horizon.

Face aux accusations, Me Alexandre Daboné a présenté à la Cour une liste de personnes dont les investissements auraient été, selon lui, totalement ou partiellement remboursés. Il a insisté sur la volonté de son client de régler les dettes envers les investisseurs lésés, à condition que ces derniers puissent fournir des preuves tangibles de leur investissement.

« Nous avons bon espoir que cette action va prospérer. Quelle que soit la durée de la nuit le jour va se lever pour ces personnes qui souffrent », Me Kossi Saba, conseil des victimes

Prenant connaissance de cette liste que lui a transmise la Cour, Me Saba a émis le doute quant à la véracité de ce document. « J’ai attiré l’attention de la Cour sur le fait que cette liste nominative n’est nullement signée par des supposées personnes qui auraient été remboursées. Si c’étaient des décharges qui montrent qu’une personne x a reçu un montant quelconque de Breba Finance à une période donnée, en remboursement de ce qu’elle a investi. Cela pouvait encore servi de preuve », a-t-il observé. Pour lui, cette liste n’est donc pas un moyen de preuve pour montrer que Breba Finance est en train de rembourser ses créanciers.

« Cette affaire n’a pas commencé aujourd’hui. Entre 2016 et 2017. S’ils étaient effectivement de bonne foi, pourquoi n’ont-ils pas approché les victimes pour leur faire des propositions claires ? Certaines victimes même, ont reçu des décharges de reconnaissance, leur promettant que par tranche, sur une période donnée, elles seraient remboursées. Cependant, jusqu’à ce jour, ces personnes dont je parle n’ont absolument rien perçu », a regretté Me Saba.

« D’ailleurs même si je vais quelque part et qu’on me dit de donner 100 000 francs CFA et qu’on me dit qu’il n’y a pas de reçu, je pense que le bon sens voudrait que je fasse attention », Me Alexandre Daboné, conseil de Breba Finance

Vers une meilleure instruction du dossier

Après avoir écouté les arguments des différentes parties, la Cour a jugé indispensable de renvoyer l’affaire à la mise en état. Cette étape vise à compléter le dossier avec les pièces manquantes, afin de permettre une instruction approfondie et d’assurer un jugement plus juste et éclairé.

En attendant la prochaine audience, les victimes espèrent que la justice pourra faire toute la lumière sur cette affaire et leur permettre de récupérer leurs investissements. Quant à Breba Finance, l’entreprise devra prouver sa bonne foi et fournir des preuves concrètes de sa volonté de rembourser ses clients. Ce dossier complexe met en exergue la nécessité d’une meilleure réglementation du secteur du trading au Burkina Faso afin d’éviter à l’avenir de telles situations et de mieux protéger les investisseurs contre d’éventuelles escroqueries.

Hamed Nanéma

Lefaso.net

Source: LeFaso.net