La dernière projection du film « Disco Afrika : une histoire malgache », a eu lieu, mardi 25 février dans l’auditorium de la mairie centrale de Ouagadougou. Réalisé en 2022 par Luck Razanajaona, ce film plonge le spectateur dans une quête identitaire à Tamatave, une ville portuaire de Madagascar, un pays en pleine crise politico-économique.
Le film s’ouvre sur une annonce radio : deux personnes ont été assassinées dans une mine clandestine de saphir. Il se termine par le monologue intérieur du protagoniste principal, Kwamé (interprété par Parista Sambo), un jeune homme en quête de vérité et qui est le reflet d’une jeunesse désemparée, laissée pour compte, mais qui s’interroge sur ce qu’elle pourrait apporter pour faire bouger les lignes.
Ses dernières paroles révèlent une profondeur émotionnelle touchante : « Creusant les profondeurs longtemps, j’ai cherché mon chemin. Je sais maintenant que ce n’est pas des pierres que tu tires ta valeur, mais des âmes courageuses qui t’ont donné leur sang. Madagascar, ô mon pays, je tâcherai d’être digne de toi. »
« Disco Afrika » se distingue par une affiche dominée par le jaune et le rouge, pouvant symboliser respectivement la colère et l’incompréhension de Kwamé, et le danger omniprésent de son environnement. Un film dramatique sur fond de contestation, avec en filigrane le cliché d’une foule en colère.
Le film pose dès le début une question cruciale : Faut-il se résigner ou résister face à des sociétés étrangères qui se servent de la force publique, en l’espèce la gendarmerie, pour déguerpir les mineurs des lieux ? Face à ce choix, Coco, un personnage secondaire, jette le pavé dans la mare en rappelant à Kwamé l’intégrité de son père, une figure qui s’opposait à l’injustice et à la corruption. Après le meurtre de son ami d’infortune Rivo, alors qu’ils cherchaient nuitamment le saphir, Kwamé retourne à Tamatave, au bercail.
Débute alors la quête identitaire de Kwamé au cours de laquelle il découvre que son père, jadis membre du groupe de musique « Disco Afrika », a été assassiné avec d’autres camarades et enterré dans une fosse commune, après des mouvements de contestation. Bien que le réalisateur n’ait pas eu recours à des flashback pour dépeindre la violence de l’époque, le spectateur imagine tout de même la brutalité des faits.
« Dans un pays comme Madagascar, si tu écris « Tananarive, ouvre les yeux », tu prends 5 ans de prison avec sursis », déplore Luck Razanajaona. Dans ce film qualifié d’engagé, il nous entraîne dans les rues bouillonnantes de Tamatave, où la dénonciation existe dans le milieu de l’art (marionnettistes).
Le film aborde également le parcours initiatique pour Kwamé, qui infiltre le cercle d’Idi (rôle incarné par Joe Lerova), son ami d’enfance, afin de prouver à un groupe de « justiciers » qu’il peut faire partie de la famille. L’objectif est de démanteler un réseau de trafiquants dirigé par le jeune Idi.
La fin de la quête identitaire prend fin lorsque Kwamé finit par retrouver l’emplacement de la fosse commune où ont été inhumés son père et ses compagnons d’infortune.
Ce film est audacieux. Il ne fait aucun doute. Il explore des thématiques telles que l’identité, la résistance et la justice. Luck Razanajaona a réussi à capturer l’essence tumultueuse de Madagascar tout en offrant un drame captivant qui résonnera longtemps après la fin du générique.
Fredo Bassolé
Lefaso.net
*********************
Témoignage du réalisateur à la fin de la projection du film
« Nous faisons partie du continent africain mais théoriquement nous sommes une île assez éloignée. Le film a un peu tourné au Kenya, au Ghana et dans d’autres pays. Je suis un cinéaste du mouvement néo-réalisme, c’est un mouvement à mi-chemin entre la fiction et le documentaire.
Cela m’a pris huit ans pour faire ce film. J’encourage les jeunes réalisateurs à croire en eux, à aller au bout de leurs réflexions. Il est parfois difficile de faire du cinéma dans certains pays avec la censure. Le cinéma est le reflet de la société, c’est dans le cinéma qu’on voit le futur d’un pays et c’est aussi le cinéma qui permet à un pays de rayonner dans le monde.
À Madagascar, le gouvernement ne soutient pas assez le cinéma. Si tu veux tourner un film, soit tu as du matériel, soit tu choisis de te déplacer dans d’autres pays à la recherche de financements. J’ai un peu fait tous les workshops en Afrique du Sud, à la Réunion, à Berlin, Rotterdam. Cela m’a pris beaucoup de temps avant que je ne trouve un producteur en 2016. Le film devait être tourné en 2020, mais il y a eu le Covid-19. Nous avons perdu deux ans. On a donc commencé à filmer en 2022 avec une équipe mixte. Tous les acteurs sont des non professionnels et n’ont jamais joué dans un film. Kwamé est un conducteur de cyclo-pousse dans la ville de Tamatave ».
Avant d’être cinéaste, j’étais travailleur social dans les rues de Tananarive. Madagascar a connu beaucoup de crises politiques et celle de 2002 que j’ai choisi de mettre dans le film est la plus violente. Je voyais le désarroi de la jeunesse. L’histoire d’un jeune qui n’a rien et qui cherche à s’insérer dans la société. La réflexion avait déjà commencé à l’époque. Après mes études de cinéma à Marrakech. De retour, j’avais déjà écrit la première page du film.
HFB
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
Commentaires récents